mercredi 21 janvier 2009

DEUX MILLE NEUF


Marche après marche
Dans un sens ou dans l’autre
Pour monter pour avancer
Pour le plaisir des pieds sur la pierre
Ou pour descendre vers la mer
Vers les autres
Pour aller plus loin
Vers là-bas ou vers ailleurs
Avec un autre que toi
Ou avec un livre
Des baisers plein la bouche
Des étoiles dans les yeux
Et des mots sur les lèvres
Pour les colères les espoirs
Pour simplement dire
Que l’on est

Marche après marche
Je vous souhaite de tenir debout
Dans ce monde qui vacille
Tombe à la renverse
Crève de froid

Je vous souhaite de vivre
Ce qu’il y a de mieux à vivre
Et de lire ce qu’il y a de mieux à lire
De respirer l’air du temps
Et de lui donner votre souffle

samedi 15 novembre 2008

DES ARMÉES PLEIN LES RUES




LITTERATURE
DES ARMÉES PLEIN LES RUES

C’est l’histoire d’un vieux qui ne lit pas des histoires d’amour mais qui aime simplement regarder les femmes. Otilia trouve que son mari a des obsessions et qu’il devrait en parler au curé. Ismaël Passos, lui ce qui l’intéresse, ce sont ses oranges. Au fond de son jardin, il grimpe sur son échelle pour les cueillir et profite d’être là-haut pour regarder par-dessus le mur sa voisine, la belle Geraldina qui se promène nue et souriante au soleil.
Il y a des chats, des arbres et des étés brûlants. Et ça pourrait presque ressembler à un petit coin de paradis, si on n’était pas à San José, un village coincé dans une Colombie pourrie par la violence.
Il suffit de pas grand-chose pour qu’elle vacille la vie du vieux professeur. Que la guerre lui tombe dessus. Qu’il y ait des détonations et des cris. Que tout bascule et qu’il se retrouve à errer dans les rues de San José à la recherche de sa femme enlevée.
La guerre, elle est partout dans les rues et ça tire dans tous les sens, « narcotrafic et armé, guérilla et paramilitaires », des armées de toute sorte, plaies d’un pays meurtri où quelques 3000 personnes sont toujours otages, des Farc, des paramilitaires ou d’autres bandes criminelles.

C’est avec une force poétique considérable qu’Evelio Rosero nous plonge dans l’histoire de son pays. Et l’évocation du « Vieux qui lisait des romans d’amour », est juste là pour souligner – comme dans ce premier roman du chilien Luis Sepúlveda – la beauté de la langue dans laquelle s’exprime Rosero. Publié en Espagne en 2006, « Les Armées » est déjà considéré comme « l’un des romans latino-américains les plus importants de ces dernières années ». S’il est encore inconnu en France, Evelio Rosero a obtenu en 2006 dans son pays le Prix national de littérature et son écriture vient planter de singuliers orangers dans des jardins qu’on rêve un peu plus paisibles.
La sortie française de ce roman était prévue bien avant la libération d’Ingrid Betancourt et il est difficile – au cœur de cette rentrée littéraire – de ne pas penser à elle en lisant « Les Armées ». Mais s’il y a quelque chose d’Ingrid dans les yeux de Geraldina, dans l’absence d’Otilia ou dans la tête de ce vieil homme désemparé par la violence terrible qui détruit son pays, par toutes ces morts qui font « honte aux vivants » et qui cherche désespérément sa femme, le livre d’Evelio Rosero va au-delà de tout ça car la force de la littérature est là.
« Que va penser Otilia de tout ce désordre » s’interroge Ismaël, encore debout dans ce monde écroulé. Il entend une voix qui lui dit que « ce monde est horrible ». D’ailleurs, « le sol est jonchés d’oranges éclatées, disséminées comme une étrange multitude de gouttes jaunes dans le verger » et les soldats sont là. « Laisse vivre celui qui vit, me dirait Otilia, j’en suis sûr. Et mourir celui qui meurt. Ne t’en mêle pas ».
Mais, il pense à autre chose, le vieux. On lui a dit de « Gardez l’amour » !

PASCAL DIDIER

Evelio ROSERO / Les Armées / Editions Métailié (actuellement en librairie)